“Les grandes illusions” ou la brûlure de la vérité révélée
@PaulineLeGoff
A travers le dialogue féroce entre un fils et sa mère, Arthur Dreyfus, écrivain couronné de prix littéraires, incarne son double sur le plateau face à la comédienne Hélène Alexandridis qui joue sa mère. Sans concession ni faux-semblants, cette conversation, en forme de danse brûlante autour d’une table, questionne sans relâche mais avec causticité l’amour maternel, l’homosexualité refoulée, la quête amoureuse et sexuelle et la dépression. Un texte puissant, d’une bouleversante vérité, remarquablement incarné sur la scène des Plateaux Sauvages.
« Il y a quelque chose de toi qui tient le monde »
Comment échappe-t-on à sa mère ? Quand on est le fils rêvé de sa maman, le trésor de sa vie, alors que la vie conjugale ne réserve à la dame qui vous a engendré que des soirées déprimantes et des nuits sans plaisir, et qu’on doit lui révéler son homosexualité et son attrait pour le corps et le sexe des hommes, la complicité maternelle se teinte d’une amertume certaine. Pourtant, le jeune trentenaire qui débarque ce soir, l’auteur en personne, Arthur Dreyfus, attend la venue de sa fiancée Colette. Sa mère se réjouira-t-elle de cette bonne nouvelle, ou va-t-elle trucider sa nouvelle rivale ? Le dialogue vénéneux et torride, écrit par Arthur Dreyfus, écrivain reconnu, publié aujourd’hui chez Pol et traduit en plusieurs langues, explore les sous-terrains boueux de la fusion entre une mère et son fils, alors que le père, mort aujourd’hui, avait choisi de dénier au fils le désir de choisir sa vie. Cette lutte sans merci en quête de vérité, Hélène Alexandridis, avec une sincérité et une franchise qui confine à la mauvaise fois, et Arthur Dreyfus, qui la poursuit de son éperon de justicier fatal, la mènent avec un brio magistral dans cette pièce qui ressemble à une ronde du désir et du désespoir.

@PaulineLeGoff
« Je t’ai tout donné, qu’est-ce que tu veux de plus ? »
A chacun sa vérité, comme dirait le dramaturge Luigi Pirandello. La jeune femme qui pénétrera enfin dans cette relation infernale, en tentant d’y occuper la place de la fiancée du jeune homme, va progressivement disparaître sous la table, sans doute parce que la mère y est trop présente. Dans une mise en scène élégante de Laurent Charpentier, qui multiplie les mouvements circulaires derrière un rideau de perles noires, les deux personnages se jaugent et s’écorchent comme des bêtes fauves dans une arène, où flottent des souvenirs de photos d’adolescents nus, reluquées et plastifiées par sa mère, où les disputes parentales et les punitions redoublent à l’égard de ce fils inverti, où la quête homosexuelle amoureuse vient réparer les béances affectives du jeune garçon. On songe à Jean-Luc Lagarce et à son Pays Lointain, à son Journal, à cette lutte sans merci qui révèle pourtant un cri d’amour magistral. La cocaïne de la mère pour soigner sa dépression, la violence du père gynéco, la frénésie sexuelle du fils pour s’oublier tout à fait, sont les stigmates de cette famille totalement dysfonctionnelle, grâce à laquelle, il le reconnaît dans le spectacle, l’auteur est devenu écrivain. Il y a aussi de la magie, car cet auteur acteur est aussi prestidigitateur, et on peut comprendre qu’il ait désiré escamoter toutes ses névroses. Un spectacle en forme de bravoure émotionnelle, dérangeant et juste, qui vient fouiller au delà des traces, dans le sillage d’un couple vieux comme le monde : celui d’un fils et de sa mère.
Hélène Kuttner
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